Des rabatteurs au tribunal de Bobigny

logoParisien-292x75 G.T, 15/11/2001

DE FUTURES prostituées sont-elles recrutées aux abords du palais de justice de Bobigny ? Révélée au printemps dernier par « le Parisien » et « Aujourd’hui en France », la présence de rabatteurs à la sortie du tribunal de grande instance de Seine-Saint-Denis est bien plus qu’une simple rumeur. Connues depuis longtemps, mais jamais révélées au grand jour, les approches des supposés proxénètes intéressent désormais ta justice. Un magistrat instructeur enquête sur des faits présumés de « proxénétisme en bande organisée » et d’arrestation, enlèvement et séquestration de mineurs de 15 ans ».

Pourquoi Bobigny ? C’est là que les mineurs étrangers sont présentés à la justice, après leur transit par la zone d’attente de Roissy (Val-d’Oise). Dans la majorité des cas, ils quittent libres le palais, orientés vers un juge des enfants. Dehors, les fameux, rabatteurs les guettent. Ce « recrutement » pourrait expliquer l’apparition de prostituées mineures, souvent des Africaines, sur les trottoirs parisiens.

Étrange manège

Des associations d’aide aux étrangers ont ainsi remarqué la présence d’individus extérieurs au tribunal qui abordent les adolescentes. Certains personnels du palais (greffiers, juges, interprètes…) ont également noté cet étrange manège, qui n’a pas échappé non plus à des avocats et des policiers. « Tout le monde a connaissance de ces agissements et personne ne bouge », déplorait début novembre Stéphane Maugendre, avocat du Groupe d’information et de soutien aux travailleurs immigrés (Gisti), organisme qui a porté plainte. Aujourd’hui, cette indifférence n’est plus de mise.

Soupçons de proxénétisme autour du tribunal

 Julien Constant et Pascale Egré, 01/11/2001

LP/Philippe de Poulpiquet
LP/Philippe de Poulpiquet

SIMPLE RUMEUR pour certains, solide soupçon pour d’autres, l’information courait les couloirs du palais de justice de Bobigny depuis près de deux ans : l’audience dite du 35 quater, où comparaissent les étrangers en situation irrégulière interceptés à l’aéroport de Roissy et en demande d’admission sur le territoire, servirait de plaque tournante à un réseau de prostitution impliquant des jeunes filles, africaines et mineures pour la plupart, avec la complicité éventuelle d’une poignée d’avocats (« le Parisien » du 4 avril 2001) .

Secret de polichinelle mais bien gardé «pour ne pas nuire à l’enquête», la nouvelle d’une instruction lancée le 16 mai dernier par le juge Olivier Géron pour des faits présumés de « proxénétisme en bande organisée » et « d’arrestation, enlèvement et séquestration de mineurs de 15 ans », a éclaté hier au grand jour. Ce alors même que, de source proche du dossier, les investigations menées depuis cinq mois et demi par les brigades des mineurs de Paris et de Bobigny, notamment sur les liens éventuels entre trois avocats et des « proxénètes » présumés, n’ont rien donné.

Des « rabatteurs » aux audiences

« Cette « révélation » est une façon d’enterrer un dossier encombrant, tardivement et visiblement mal engagé », tempêtait hier un magistrat de Bobigny. « D’évidence, l’institution judiciaire n’a pas pris la mesure de sa responsabilité et n’a pas mis tous les moyens en œuvre pour vérifier des rumeurs de faits d’une extrême gravité », estime pour sa part Stéphane Maugendre, avocat du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti). C’est au nom de cette association qu’une plainte contre X s’interrogeant sur la présence de « rabatteurs » au tribunal avait été déposée en mars dernier, un mois et demi avant que le parquet n’ouvre à son tour une information judiciaire et que les deux dossiers ne soient joints. Bien auparavant, le procureur du parquet des mineurs, Jean-Claude Kross, avait alerté le procureur général de la cour d’appel de Paris et l’ensemble du tribunal et tenté, sans résultats, sa propre enquête.

« Ici les étrangères valent de l’or »

Au final, et faute de preuves, restent les observations effectuées, depuis des mois, par les magistrats, les policiers de la PAF, les interprètes, les avocats et les militants des associations de défense des droits des étrangers. « Manèges pas clairs », présence « d’hommes extérieurs abordant les jeunes Africaines libérées », « disparition des mineures placées en foyer au bout de quelques jours ». Autant de constats confirmés hier par de nombreux interlocuteurs au tribunal de Bobigny, où semble régner un certain malaise. « On en parle évidemment Nous savons qu’il existe des filières où ces petites jeunes filles sont exploitées par des proxénètes mais nous n’avons pas de preuve », déplore ainsi Nicole Bilger, qui présidait l’audience d’hier. La magistrate a elle aussi observé de curieux comportements autour de son audience. « Un soir j’ai entendu un avocat se faire menacer par des voyous mécontents de voir que leurs clientes seraient reconduites à la frontière et régulièrement, je vois des gens qui regardent par la fenêtre comme pour guetter la sortie de ces filles », raconte-t-elle. « Ici les étrangères valent de l’or, assène un policier de la PAF, certains de mes collègues ont déjà dénoncé ce qui se passe. Nous avons tous remarqué ces types louches qui rôdent autour d’elles. » Dans la salle, entourées par des policiers, se pressent vingt-cinq personnes d’origine africaine. Joy Mozes, 18 ans, s’assied à côté de son avocate. Originaire de Sierra-Leone, cette jolie jeune femme ressemble à une enfant. La police de l’air et des frontières (PAF) l’a interpellée samedi à Roissy sans papiers ni billet d’avion. « Tout ce qu’on sait d’elle c’est que le vol qui l’a amenée venait de Bamako (Mali). » Quelques minutes de plaidoirie plus tard, le tribunal décide d’annuler son maintien en zone d’attente, annulant une procédure non respectée faute d’interprète lors de l’arrestation. La jeune fille sera remise en liberté. Pour quel avenir et avec quelles protections ?

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Des rabatteurs devant le tribunal de Bobigny ?

images Lisa Vaturi, 01/11/2001

Des mineures africaines, prises en main dès la sortie de l’audience, se retrouvent sur les trottoirs de Paris.

Comment expliquer la recrudescence de jeunes prostituées africaines, se disant pour la plupart sierra-léonaises, sur les boulevards des Maréchaux, à Paris ? En Seine-Saint-Denis, deux phénomènes font craindre un trafic de mineures.

Depuis deux ans environ, des dizaines d’adolescentes sierra-léonaises, arrivées seules sur le territoire français via l’aéroport de Roissy et placées dans des familles d’accueil, sont déclarées en fugue. Ont-elles rejoint un réseau de prostitution ? Le premier substitut au parquet des mineurs, Jean-Claude Kross, a bien essayé d’y voir plus clair : les jeunes disparues laissent souvent derrière elles des numéros de téléphone, mais aucune n’a été retrouvée. Une information judiciaire a été ouverte.

Par ailleurs, plusieurs témoignages (de greffiers, de policiers…) font état d’un troublant manège qui se déroule… devant le tribunal de Bobigny. C’est là que les mineurs étrangers, après leur passage par la zone d’attente de Roissy, sont présentés à la justice. Le plus souvent, ils sont ensuite orientés vers un juge pour enfants mais sont libres de leurs mouvements. Or, selon l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé), des jeunes femmes de nationalité sierra-léonaise seraient récupérées à la sortie du tribunal par des hommes « qu’elles ne connaissent pas ».

« L’ensemble des autorités judiciaires du département, le ministère de l’Intérieur, tout le monde a connaissance de ces agissements et personne ne bouge ! », s’indigne maître Stéphane Maugendre, l’avocat du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti). Le 16 mars, le Gisti a porté plainte avec constitution de partie civile pour « proxénétisme ». Dans les couloirs du tribunal, on s’interroge même sur le rôle de certains avocats dans cette affaire.

Un réseau de prostitution agirait à la sortie du tribunal de Bobigny

index 01/11/2001

UNE INFORMATION judiciaire a été ouverte, le 16 mai, au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), à la suite d’une plainte avec constitution de partie civile du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), qui soupçonne l’existence, autour du tribunal, d’un réseau de prostitution recrutant des jeunes étrangères en situation irrégulière. L’affaire, révélée par Libération du mercredi 31 octobre, a été confiée aux brigades des mineurs de Paris et de Bobigny.

Le Gisti appuie sa plainte sur une campagne d’observation d’audiences qui décident du maintien ou non des étrangers en situation irrégulière en zone d’attente, réalisée entre le 27 décembre 2000 et le 2 février 2001. Plusieurs observateurs ont indiqué avoir remarqué des Africains sur les bancs du public qui se faisaient passer pour des proches des jeunes filles jugées. Le Gisti affirme que, «selon toutes vraisemblances, des rabatteurs récupéraient des jeunes femmes ou filles mineures étrangères pour alimenter un ou des réseaux de prostitution et pour les étrangers majeurs des réseaux de travail clandestin ».

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Proxénétisme à Bobigny

newlogohumanitefr-20140407-434 01/11/2001

Un Juge d’instruction du tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis) instruit depuis le 16 mai des faits présumés de proxénétisme en bande organisée liés notamment à l’audience dite des «35 quater » (du nom de l’article de l’ordonnance du 2 novembre 1945 régissant le droit les étrangers), sur les étrangers entrés en France en situation irrégulière, dans ce même tribunal. Le Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI) a déposé, le 20 mars dernier, une plainte contre X avec constitution de partie civile, s’interrogeant sur la présence d’éventuels «rabatteurs » à la sortie de l’audience des «35 quater».