Dénoncez, vous aurez des papiers !

 Accueil  Marie Barbier avec S.Homer, 5 Février, 2009

Reuters/Pascal Rossignol
Reuters/Pascal Rossignol

Immigration . Éric Besson propose d’accorder des titres de séjour provisoires aux sans-papiers qui dénonceront leurs passeurs.

Nicolas Sarkozy l’avait rêvé en 2003, Éric Besson l’a fait : un titre de séjour pour une délation. Lors d’une « vaste opération de démantèlement d’une filière clandestine » hier matin, le nouveau ministre de l’Immigration a annoncé qu’il signerait ce matin une circulaire pour « donner aux préfets la possibilité d’accorder des titres de séjour provisoires aux clandestins victimes de filières clandestines qui décideraient de les dénoncer ». Considérant que les « immigrés illégaux » sont dans un « statut qui ne leur permet pas de dénoncer leurs tristes conditions », l’ex-socialiste assure qu’avec ce système, « ils peuvent obtenir instantanément un titre de séjour provisoire ».

Les associations de soutiens aux sans-papiers se montraient hier atterrées par cette proposition. France Terre d’asile dénonce une « proposition spectaculairement inefficace ». Son président, Pierre Henry, rappelle dans un communiqué que l’idée proposée en 2003 par Nicolas Sarkozy pour protéger les victimes des réseaux de prostitution n’a abouti, six ans plus tard, qu’à rendre moins visibles les prostituées, qui « travaillent dans des conditions nettement plus dangereuses ».

Stéphane Maugendre, président du Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI), se dit « stupéfait par ce type d’annonce » qu’il juge « irréaliste et irréalisable » : « À partir de quels critères auront-ils droit à un titre de séjour ? Pour avoir dénoncé un passeur ou la filière tout entière ? Et ceux qui sont arrivés il y a longtemps ? » Pour l’avocat, cette mesure traduit une méconnaissance des filières clandestines de la part du ministère : « Les trafics organisés sont extrêmement parcellisés. Entre le départ du pays d’origine et l’arrivée en France, les intervenants ne se connaissent pas les uns les autres. La plupart du temps, les gens qui passent n’ont qu’un numéro de téléphone. Jamais ils n’ont affaire aux responsables. »

Autre sujet de colère : les titres de séjours provisoires promis en échange de la délation. « C’est profondément choquant », juge Richard Moyon, du Réseau éducation sans frontières, qui dénonce par ailleurs le « terreau d’injustice nourri par Sarkozy, Hortefeux et maintenant Besson qui condamnent les gens à recourir aux passeurs».

Les associations s’inquiètent aussi des pressions que pourraient subir les sans-papiers du fait de cette nouvelle circulaire. Pour Stéphane Maugendre, les « pressions sur les familles dans les pays d’origine » pourraient s’accentuer. Richard Moyon confirme : « La mafia a des moyens de coercition, je ne suis pas sûr que cette circulaire suscite des vocations massives de délateurs. »

Même son de cloche chez Frank Fievez, de l’UNSA Police, ancien de la police de l’air et des frontières (PAF) : « Vu le peu de contact avec les intermédiaires et les pressions qui pèsent sur les familles restées au pays, demander aux sans-papiers de dénoncer les passeurs, c’est totalement irréaliste. Si l’on veut démanteler les filières, il serait plus utile de donner des moyens d’investigation à la PAF. À qui l’on ne demande pour l’instant qu’une seule chose : multiplier les reconduites à la frontière. »

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